Interview d'Évan JUGE

Evan JUGE est doublement champion régional (Centre Val-de-Loire) et médaillé d’or national, en développement web. Il nous raconte son parcours et donne des pistes intéressantes pour les CFA qui veulent accompagner leurs apprentis dans l’aventure Worldskills Competition qui se tiendra à Lyon en 2024.

D’ici là on le suivra avec lors de la compétition WorldSkills International pour le métier WebTechnologies qui se déroulera à Ilsan, Goyang, dans la province de Séoul, en Corée du Sud. La compétition se déroulera sur 4 jours, Sud du 13 au 16 octobre 2022, avec 31 autres pays.

https://evanjuge.fr/CV_JUGE.pdf

 

MGACF : Bonjour Evan, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

EJ : Je m’appelle Evan Juge, j’ai 23 ans. Je suis compétiteur dans le métier « développement web ». J’ai commencé par un bac pro Systèmes numériques (Ex-SEN), option télécom et réseaux, à Orléans.

Dans le bac pro, les modules enseignés étaient très variés : réseau, informatique générale, développement, électronique, audiovisuel, plein de choses à découvrir. Et puis il y avait des stages qui permettaient de découvrir plus encore au contact des entreprises.

J’ai ensuite enchainé sur un BTS SIO, option SLAM (logiciel applications). C’est là que j’ai appris le développement web. J’ai fait plein de stages. J’ai appris la programmation. J’ai même développé une application mobile.

Après mon BTS, Je suis allé à la fac pour faire une L3 MIAGE. Mais cela ne m’a pas trop plu car être en amphi à écouter un prof parler, ce n’était pas mon truc… Mais notes étaient bonnes ! Alors pour la suite, j’ai préféré partir en l’apprentissage. Il me fallait quelque chose de concret. C’est comme cela que j’ai postulé et suis entré à MyDigitalSchoolRennes pour une formation de MBA développeur full-stack.

 

MGACF : Expliquer moi un peu : en quoi consiste votre métier ?

EJ : Le développement web, c’est l’art de faire des sites internet : l’affichage mais aussi le fonctionnement interne du site.

 

MGACF : Et l’aventure Worldskills, ça a commencé comment ?

EJ : Ma première participation à la compétition WorldSkills date de ma dernière année de BTS. J’ai commencé par les sélections régionales puis j’ai fini 3ème au national avec la région Centre Val de Loire. Avec cette place de 3ème, je suis rentré dans un programme appelé « partenaire d’entrainement » qui permet de préparer la compétition et de s’entrainer avec le titulaire de la compétition européenne ou mondiale du moment. Il s’appelle Arthur Eichelberger.

J’ai beaucoup appris grâce à lui.

Ensuite je me suis réinscrit pour la compétition de 2022, et cette fois ci, après la sélection régionale, j’ai gagné la médaille d’or à Lyon et rejoint l’Equipe de France des métiers !

 

MGACF : Comment vous préparez vous ? Qui vous accompagne pour ces Worldskills 2022 ?

EJ : On a eu les premiers rassemblements à l’Insep, comme des sportifs de haut niveau en janvier. On a même vu Teddy Reiner s’entrainer à coté de nous ! Ça remet les pendules à l’heure ! Ce fut une vraie prise de conscience : Vous êtes bien en équipe de France !!!

J’ai ensuite fait un séjour dans un centre d’excellence. Une semaine de préparation technique avec l’équipe métier constituée de Arthur Eichelberger, Gilles Granger et Léo Delplanque. Gilles Granger, lui c’est l’expert. Il a été médaillé de Bronze à Budapest (competition européenne) et meilleur résultat international pour le métier. Et j’étais aussi avec Léo Delplanque, titulaire de la prochaine compétition européenne. Il fait les mêmes choses que moi et cela nous permet de comparer nos méthodes et donc de progresser.

Léo est plus structuré mais je vais plus vite. Je fais du code plutôt orienté efficacité plutôt que lisibilité, c’est aussi ça la compétition, il faut savoir aller le plus vite aux points.

A l’Insep, en stage avec l’équipe de France, on fait de la préparation physique et mentale. Ça forge l’équipe !!!

Je suis aussi allé au Luxembourg où j’ai participé à la compétition nationale du Luxembourg. J’étais invité comme compétiteur international. Du coup j’ai fait les mêmes épreuves que les autres mais je ne participais pas au classement national. C’était en anglais ! Cette expérience internationale m’a permis de travailler des aspects moins techniques, comme la réflexion, les méthodes mais aussi la rapidité d’exécution.

Il y a aussi ma maitre d’apprentissage. Quand j’ai cherché mon entreprise, j’ai parlé de ma préparation aux Worldskills lors de l’entretien. Ma tutrice est la directrice de la start-up dans laquelle je travaille et ça m’a aidé pour les démarches administratives. Elle m’a suivi. Elle m’a aidé. Elle a toujours été derrière moi et m’a encouragé à avoir de la motivation pour continuer. Avec les 2 ans de covid ça a été dur…

Actuellement, j’ai terminé tous mes cours et mon travail. Avant, je devais poser des congés ou faire du sans solde pour m’entrainer. Maintenant je suis entièrement disponible pour préparer la compétition.

 

MGACF : En quoi les WorldSkills vous changent ?

EJ : Je suis devenu meilleur techniquement, évidemment ! J’ai aussi appris des choses moins évidentes : l’anglais technique, la gestion du stress, la concentration, la rapidité d’exécution.

 

MGACF : Pouvez-vous me raconter le truc le plus incroyable que vous ayez fait quand vous étiez apprenti ou lors de votre préparation aux worldskills ?

EJ : En 2019, la WorldSkills Competition s’est déroulée à Kazan, (Russie). Il y avait un exercice à résoudre en 1 heure. C’était une calculatrice à faire. J’ai lu l’énoncé et je savais qu’il y a une propriété expérimentale qui résout ce problème en moins de 10s, 1 heure de gagnée sur un sujet de 3, ça change la donne !

 

MGACF : Qu’est que l’apprentissage a changé pour vous ?

EJ : Ça m’a appris à être autonome et responsable.

Coté personnel, avant, je vivais chez mes parents. Aujourd’hui, je fais tout, tout seul. Ce fut aussi le début de la vie en couple !!!

Coté professionnel, j’ai été intégré à l’équipe développement d’une vraie entreprise avec des contrainte de délais. Si on échoue, cela entraîne des répercussions pour un client et pas seulement des mauvaises notes. Ça donne des responsabilités.

 

Quel est/était votre CFA ?

EJ : MyDigitalSchool est attaché au CFA de l’AFTEC. Mais je n’ai jamais eu de contact avec eux.

 

MGACF : Dans un monde idéal, comment un CFA peut aider un candidat à préparer les championnats de France et les WorldSkills ?

EJ : Cela dépend du métier. Certains métiers ont besoin de machines et ne peuvent pas s’entrainer chez eux. Dans ce cas, ce qui est important, c’est que le CFA mette à disposition des machines sur des horaires en dehors des cours et le WE et les vacances. En réalité, moi j’ai la chance de pouvoir travailler de chez moi ou de n’importe où !!! J’ai juste besoin d’un ordinateur et une connexion internet !!!

Mais dans l’idéal, j’aurais eu besoin d’un formateur pour m’aider à travailler sur des technologies spécifiques. Moi je n’ai pas d’expert en dehors de Gilles et d’Arthur.

Le descriptif technique du métier est validé à la compétition internationale d’avant (celle de 2019 pour les Worldskills 2022). Donc on n’a pas à connaitre les technologies les plus récentes. Mais ça suffit largement !

Donc, le CFA et l’école pourraient apporter des experts métier sur des technologies spécifiques utiles pour la compétition (par exemple le Framework Laravel). L’équipe métier a des connaissances mais ne sont pas experts. Un expert nous permettrait d’apprendre de nouvelles méthodes pour toujours aller plus vite.

Coté entreprise : Je me suis bien arrangé avec mon employeur. J’ai posé du sans solde et l’association WorldSkills a pris en charge mon salaire. En effet, Worldskills, indemnise l’entreprise pour les jours non travaillés. Toutes les entreprises ne sont pas d’accord avec ça. Aussi pour ceux dont l’entreprise refuse cette option, les candidats ont grillé tous leurs congés pour la compétition…

Et dans ce cas, le CFA pourrait appuyer la demande du jeune. Expliquer à l’employeur l’intérêt qu’il y a à soutenir l’apprenti dans son projet.

Et puis, il y a eu une semaine je devais aller à l’école mais ils se sont arrangés pour m’aider à rattraper les cours. Pour que ça ne pose pas de problème.

 

MGACF : Et après ?

EJ : J’ai une bonne semaine de repos prévue et puis je chercherai un travail. J’ai eu des propositions mais je verrai en octobre. Pour l’instant, je n’ai pas le temps de passer des entretiens.

 

Un mot de conclusion ?

La France est en retard sur mon métier. A l’international, c’est le deuxième plus gros métier en nombre de participants (derrière la cuisine), en France c’est plutôt dernier… Il faut plus de monde en France pour participer à la compétition dans le métier « web technologie ». Actuellement, seulement 4 régions présentent des candidats !!!. Or, plus il y a des compétiteurs et plus le niveau augmente.

Il faudrait que tous les CFA disent que ça existe et fassent la promotion de la Worldskills Compétition et que les jeunes s’inscrivent. En région Bretagne, il n’y a pas assez d’inscription dans ma spécialité donc ils n’organisent pas la compétition régionale. La prochaine compétition internationale sera organisée en France, il faut absolument qu’à la prochaine finale nationale il y ai plus de régions qui participent !!!